L’interminable quart d’heure américain : 25 ans de formats américains à la française – 5e partie

Toute cette semaine, Guillaume Brindon revient sur les tentatives d’adaptations de formats américains sur les chaînes françaises. Aujourd’hui, suite et fin de notre série avec deux personnalités préférées des Français : Arthur et Cyril Hanouna. Pour les retardataires, le début c’est par ici : Partie 1 / Partie 2 / Partie 3 / Partie 4.

 

CE SOIR AVEC ARTHUR


COMEDIE ! / TF1 – 2010 / 2013

Vous pensiez que toute cette série d’échecs allait arrêter les Français à vouloir être plus américains que les Américains ? Vous en êtes loin. On attaque même le plus gros cas d’école de toute cette série. En pleine période de questionnement et de repositionnement artistique, l’animateur producteur Arthur veut montrer le clown, le saltimbanque qui sommeille en lui. Sillonnant la France depuis quelques années avec deux horribles one-man-show (croyez-moi je les ai vus, ça dépasse l’entendement), Arthur cherche à poursuivre son entreprise de démolition de son image de producteur friqué qui lui colle éternellement à la peau.

C’est ainsi qu’en parallèle de ses émissions sur TF1 (Les Enfants de la Télé qui en étaient alors à leur 458e saison), Arthur part sur Comédie faire son late show. Un de plus. Alors que l’événement aurait pu sembler anecdotique et n’intéresser les quelques centaines de spectateurs qui captent encore Comédie pour choper les multiples rediffs des spectacles d’Anne Roumanoff, l’histoire prend une tournure internationale. Peu de temps après la première, c’est Craig Ferguson, alors à l’époque encore à la tête du Late Late Show sur CBS, qui ouvre son émission en parlant de son confrère. Et pour cause, l’émission d’Arthur reprend plusieurs séquences de l’émission de Ferguson à l’exact identique – générique inclus -, ce qui ne manque pas d’irriter un tantinet l’écossais expatrié.

À peine un numéro, et un plan de sauvetage est déjà organisé, Arthur s’invite fissa chez Craig Ferguson afin d’en parler et d’en rigoler, évoquant ainsi un hommage. Tout est sauvé ! Craig Ferguson est désormais mon pote ! Regardez comment on est trop des copains.

Arthur rentre en France triomphant de son coup d’éclat, et parle d’un coup de pub volontaire. Outre le fait de ne pas avoir mentionné qu’il pompait d’autres séquences étant passées sous le radar de Craig Ferguson (notamment le courrier des téléspectateurs), ce dernier émet un son de cloche un peu différent quelques semaines plus tard. Invité chez Conan O’Brien sur TBS, ce dernier lui évoque cette histoire, faisant le parallèle avec une mésaventure similaire qu’il a connue avec Harald Schmidt, animateur allemand qui lui avait copié des séquences de son Late Night sur NBC.

La réponse de Ferguson est amusante, mais légèrement grinçante, avançant que c’est finalement une bonne excuse pour se tirer de n’importe quelle situation (« Mais si je n’ai pas payé mes impôts, c’est parce que c’est un hommage »)

https://youtu.be/9pDI0kxG1Ds?t=1m31s

Au final l’histoire se tasse, et le plagiat s’en sort une fois de plus comme quelque chose qui n’est pas grave. D’autant plus que des internautes se sont penchés plus en détail sur l’émission, et ont dégotté d’autres séquences plagiées directement sur d’autres émissions, notamment des jeux de chez Jimmy Fallon, ainsi que ses fameuses Thank you Notes. Mais ces remarques seront passées sous silence, et ces séquences resteront jusqu’à la fin de l’émission.

Quant au reste ? Pas de panique, Arthur avait de l’humour bien franchouillard à revendre. L’orchestre étant assuré par un mec déguisé en panda derrière un synthé. Bon. Ok. Et les sketchs étaient assurés par des potes à lui : Ary Abittan, Claudia Tagbo, et Amelle Chahbi. Et quitte à choisir, on préférera regarder les sketchs qu’il pompait chez les Américains tant ceux de ses camarades étaient gênants. Notamment ceux de Ary Abittan qui faisait son seul et unique « ressort comique » : faire l’accent arabe.

https://www.youtube.com/watch?v=9uIBm7Ow7HE)

 Au final, une émission faite de bric et de broc, de plagiats gros comme le bras, pour un résultat d’une médiocrité abyssale qui aura vivoté on ne sait trop comment pendant 2 ans sur Comédie (l’absence d’objectif d’audience aidant sûrement), et pendant quelques numéros sur TF1. Ca n’a pas découragé Arthur pour autant puisqu’il anime aujourd’hui avec succès  « Vendredi tout est permis », émission « inspirée » (là encore sans doute un hommage) d’une émission d’impro anglaise « Fast and Loose » (déjà elle même inspirée de « Whose Line Is It Anyway ? »).

Mais là où ses collègues anglais improvisaient vraiment, les invités d’Arthur se contentent d’avoir des fous-rires parce que « c’est trop dur on n’y arrive pas ! ». Hilarant.

 

LE HANOUNIGHT SHOW


CANAL+ – 2016

Après près de 30 ans de tentatives de greffes infructueuses, Canal continue de pratiquer l’expérimentation de la dernière chance. Cette fois mes petites beautés, c’est notre Baba national qui s’y colle. Non content de cartonner tous les soirs sur C8 (humiliant au passage, outre Matthieu Delormeau, les audiences de la maison mère qui fait 10 fois moins bien avec bien plus de moyens), et d’avoir vérouillé sa présence sur les antennes du groupe pour un montant faramineux avec l’aide de son ami Vincent Bolloré, celui-ci doit néanmoins se contraindre à remplir certaines obligations qui justifient son chèque à 5 zéros à la fin du mois.

C’est ainsi que, sous un logo qui nous rappelle vaguement quelque chose, le voilà parachuté à la tête d’un late show diffusé en crypté sur Canal (et testé quelques semaines plus tôt en prime time sous le titre « La Très Grosse Émission » coprésentée avec… Dominique Farrugia), une chaîne qui, bien que de plus en plus désertée par son public de base, continue d’avoir un public bien différent de celui qu’il attire sur C8. Résultat, la greffe ne prend pas et littéralement personne ne regarde (à peine 60,000 abonnés, ce qui est un désastre par rapport à ce que cela doit coûter), laissant l’avenir de l’émission incertain.

Ce qui laisse une impression que la télé française arrive au bout d’une certaine logique d’adaptation, et semble plus fatiguée de ces adaptations qu’autre chose. Est-ce que cela arrêtera pour autant la frénésie des producteurs à vouloir à tout prix persévérer dans cette voie ? La récente adaptation – officielle cette fois – du SNL par M6 n’a pas fait un score honteux, mais n’a pas non plus fait un score impressionnant, ce qui peut laisser quelques doutes quant à l’avenir de cette franchise, et des formats américains en général, après plus de 25 ans d’adaptations, d’expérimentations, et autres contorsions en tout genre.

Mais eh, après tout, impossible n’est pas Français, pas vrai ?

– Guillaume Brindon (@MVCDLM)