L’interminable quart d’heure américain : 25 ans de formats américains à la française – 4e partie

Toute cette semaine, Guillaume Brindon revient sur les tentatives d’adaptations de formats américains sur les chaînes françaises. Aujourd’hui, place au Daily Show et à la 4e et dernière adaptation non-officielle du SNL. Et pour les retardataires, le début c’est par ici : Partie 1 / Partie 2 / Partie 3.

 

LE BELATTAR SHOW / ON ACHÈVE BIEN L’INFO


FRANCE 4 – 2009/2010

Passons rapidement sur ces deux tentatives peu mémorables de formats purement américains par Yassine Belattar. D’une part, le Belattar Show, sorte de late show ultra cheap dans un décor qui l’est tout autant, et qui alterne les entretiens peu passionnants et les sketchs sur fond vert.

L’autre émission est un peu plus intéressante, puisqu’il s’agit là – à ma connaissance – de la seule tentative d’adapter littéralement le Daily Show (et ne me parlez pas du Petit Journal, longtemps comparée à l’émission de Comedy Central, et qui n’ont jamais rien eu à voir l’une avec l’autre). Produite par la société de Luc Besson, Europa Corp, l’émission traite hebdomadairement de l’actualité avec un ton satirique similaire à son homologue américain, via de longs monologues entrecoupés d’extraits de JT et de photomontages. L’émission comptera aussi son nombre d’intervenants divers et de chroniqueurs.

Deux émissions peu mémorables, qui auront tenu en tout et pour tout moins de deux saisons à elles deux réunies. À noter la page Wikipédia de « On achève bien l’info » qui me semble légèrement trop flatteuse pour ne pas avoir été écrite par un membre de l’équipe (voire par Yassine Belattar lui-même).

 

LE DÉBARQUEMENT


CANAL + – 2013

Adaptation française du SNL, 4e tentative (quatre!!!). Et d’une manière plus qu’étrange. Rentrée 2013, Canal annonce une émission événementielle à sketchs. Tout le monde a encore en mémoire le précédent fiasco de Samedi Soir en Direct et son budget pharaonique. On se dit que Canal a retenu la leçon en proposant une émission événementielle, et donc potentiellement moins coûteuse. C’est quand est annoncé le cast que cette théorie part en morceaux : l’émission sera assurée par Jean Dujardin et ses potes, à savoir Guillaume Canet, Gilles Lellouche, et autres ami-e-s du cinéma et théâtre français (Bruno Salomone, Alexandra Lamy, Manu Payet, Mélanie Doutey, Nicolas Bedos, Géraldine Nakache…).

Rajoutez à cela la présence d’une troupe de comédiens inconnus, assurant la fonction de « troupe » comme pour le SNL. Troupe comportant la présence de Alex Lutz et Bruno Sanches, head writers de l’émission (et accessoirement les auteurs et protagonistes de l’ignoble Catherine et Lilianne). Autant dire que si Canal comptait faire des économies, c’est plutôt mal barré, le cachet de chacun des acteurs devant représenter individuellement plus que le coût de la totalité des décors. D’ailleurs, le communiqué insistait sur le fait que c’était l’émission d’humour la plus coûteuse que Canal avait eu à produire. Tu m’étonnes.

Et le résultat dans tout ça ? Ça partait plutôt avec de bonnes intentions, d’autant plus que l’émission ne contenait, à ma mémoire, aucune parodie d’émission existante (si ce n’est la série Braquo), et partait souvent de situations inventées, virant parfois vers l’absurde. Dans l’exécution, c’est une autre histoire, car tout est beaucoup trop long, avec un vrai problème de rythme, avec des idées tenant sur 2 minutes max, mais étirées en longueur, et des sketchs parfois interminables. L’autre problème majeur est de voir un délire de potes riches, qui s’amusent entre eux, et laissant le public un peu aux abonnés absents, leur montrant à quel point ils sont potes et ils s’amusent trop !!! Tout le contraire de ce que peut évoquer une troupe d’anonymes que le public apprend à découvrir et à aimer.

Au final, le premier numéro attire bien en dessous du million d’abonnés, ce qui n’est pas terrible pour de tels moyens déployés. L’émission a bien droit à une seconde chance, mais n’attire pas vraiment plus de monde, malgré une promo assurée par Ben Stiller.

Canal arrête donc les frais, et se retrouve avec un énième cadavre de SNL français sur les bras. Ironie de la chose, la première émission débutait sur une chanson ironisant sur le fait que les critiques allaient encore trouver que c’est mieux quand ce sont les américains qui le font. Le problème, mon cher Jean, c’est que cela s’est encore avéré vrai… Dernier détail à la fois triste et amusant, en bon copain, Jean Dujardin avait gardé une place pour ses amis les Nous C Nous (son ancienne troupe chez qui il avait débuté) et qui n’avaient pas connu un destin aussi brillant. Leur temps de présence ne doit pas dépasser les deux minutes à eux tous réunis. Super.

 

Rendez-vous demain pour la suite et la fin de notre série, avec Arthur et Hanouna. Histoire de terminer en beauté.

– Guillaume Brindon (@MVCDLM)