L’interminable quart d’heure américain : 25 ans de formats américains à la française – 2e partie

Toute cette semaine, Guillaume Brindon revient sur les tentatives d’adaptations de formats américains sur les chaînes françaises. Aujourd’hui, place à deux émissions diffusées en 1997. Et pour découvrir la première partie, c’est par ici.

L’APPEL DE LA COUETTE


TF1 – 1997

On ne s’en rappelle pas trop, mais Nagui avait lui aussi fait une tentative de late show. Débarqué en catastrophe sur TF1 après le scandale des animateurs-producteurs qui avait secoué le service public français, l’animateur propose un clone de « N’oubliez pas votre brosse à dents » ainsi qu’une hebdo de seconde partie de soirée, « L’appel de la couette ».

Quasiment tout y est : le décor de brique et de fer donnant sur une vue nocturne urbaine, succession d’invités dans un fauteuil, une partie « orchestre » un peu différente (ici un homme derrière des machines lançant des bruitages aléatoirement), et des invités musicaux en fin d’émission. À une exception près : Nagui ne reçoit pas les invités derrière un bureau, mais en pyjama dans son lit. Pourquoi pas après tout. Pour le reste, rien ne change, les entretiens plutôt décontractés se succèdent. Pas de séquences humoristiques cependant, l’émission est uniquement basée sur les interviews.

L’idée du lit sautera cependant au bout de quelques numéros, Amanda Lear s’étant plaint dans la presse (et sur le plateau) que cette idée avait été volée d’une émission qu’elle présentait en Italie. Tout le monde s’en fout, les résultats étant très différents, mais bon. Plus tard, le lit fut donc remplacé par un simple fauteuil, l’émission se rapprochant alors encore plus d’un late show américain. Quoi qu’il en soit, le résultat était assez honorable, puisque l’émission avait compris plus qu’une autre ce qui marchait outre-Atlantique : la personnalité de l’animateur. Qu’on l’aime ou pas, Nagui a du bagout, de la répartie. Alors quoi de plus normal que de lui confier une émission de ce genre pour mener des entretiens animés, sans jouer les passe-plats. Las, le public ne suit pas, et l’émission fut stoppée nette après seulement quelques semaines.

 

LA GROSSE ÉMISSION


COMÉDIE ! – 1997

Dans le même temps, Dominique Farrugia, ex-Nul, revient à la télé, mais cette fois, pas directement en tant qu’animateur ou « trublion », mais comme patron de chaîne. Il lance « Comédie ! », la première chaîne française dédiée à l’humour. Une idée une fois de plus très américaine, là où Comedy Central émet depuis des années outre-Atlantique. Bien sûr, l’inspiration se ressent, avec pléthore de sitcoms US, de diffusions de late show avec un jour de décalage (particulièrement celui de David Letterman), et même des diffusions d’épisodes historiques du Saturday Night Live, jusqu’alors inédits en France (par ailleurs, les épisodes de Les Nuls L’Émission sont également proposés en rediffusion). Une inspiration qui se ressent jusque dans son émission pilier : « La Grosse Émission ».

Présentée quotidiennement, on y retrouve tous les ingrédients désormais connus : le bureau, le décor de briques et de fer, un orchestre (assuré ici par le groupe « Les RumbaNanas »), générique dans un Paris nocturne, etc. Chaque jour, des invités se succèdent dans le fauteuil pour des entretiens décontractés, entrecoupés de sketchs interprétés sur le plateau par la troupe des Robins des Bois, fraîchement découverte par Dominique Farrugia. De toutes ces tentatives, La Grosse Émission est sans doute la plus réussie, adaptant de façon assez maligne des ingrédients US pour proposer une vraie identité française assumée, qui ne tente pas de singer quelconque mécanique de gag uniquement compréhensible pour le public américain.

On aime ou pas les Robins, on apprécie ou pas l’initiative d’un énième (pas) late show français, ça n’a peut-être même pas forcément bien vieilli, mais le résultat était des plus cohérents, et proposait un vivier d’intervenants bien à eux qui perdurent encore aujourd’hui. Principale différence avec ses homologues américains, l’émission se voyait changer d’animateurs tous les 3 mois. Se succèderont alors Dominique Farrugia, Christophe Dechavanne, Alain Chabat, Virginie Lemoine, et d’autres. Les saisons suivantes, l’émission proposera des animateurs « fixes » avec Kad & Olivier en premier lieu, puis Nicolas Deuil et Julie Raynaud lors de ses dernières saisons. L’émission lancera les carrières de Jonathan Lambert, Stéphane Guillon (merci du cadeau…), Manu Lévy, Axelle Laffont ou encore Cyril Hanouna, dont le principal sketch était “se mettre à poil”. Fin 2000, l’émission sera remise à l’antenne pour des numéros événementiels avec Arianne Massenet (!) à sa tête, et est aujourd’hui de retour quotidiennement dans une formule très différente.

 

Rendez-vous demain pour la suite, avec notamment le troisième retour du SNL sur une chaîne française.

 

– Guillaume Brindon (@MVCDLM)