L’interminable quart d’heure américain : 25 ans de formats américains à la française

La France se remet à peine d’une calamiteuse adaptation officielle du Saturday Night Live et il pouvait difficilement en être autrement. Ah oui, je sais qu’il ne faut pas juger avant de voir. Ah oui je sais qu’il faut mettre ses a priori de côté quand on ne porte pas les personnes mises aux commandes du show dans son coeur. Mais si je porte cette conclusion qui peut sembler hâtive, ce n’est pas à cause de tout ça. En effet, « Le Saturday Night Live de Gad Elmaleh » est une nouvelle nouille au désormais très long collier d’adaptations de formats de divertissement et variétés américains par des chaînes françaises. Et si l’on peut noter une ou deux exceptions notables, elles se sont toutes cassé les dents plus ou moins spectaculairement, et continuent malgré tout, à tenter de vouloir s’imposer sur la scène de l’entertainement mondial, avec le résultat mitigé, parfois désastreux, que l’on connaît. Voici donc note petite rétro, qui s’étalera sur toute cette semaine. Vous savez, pour “faire durer le plaisir”…

LES NULS L’ÉMISSION


CANAL+ – 1990

Fin des années 80, Les Nuls, pourtant grandes stars de la chaîne cryptée peu de temps auparavant, se font discrets. Revenus à l’antenne avec « Histoire(s) de la Télévision », une courte séquence enregistrée et diffusée dans Nulle Part Ailleurs, la troupe désormais réduite à trois membres, se remet difficilement de la mort brutale de leur 4e camarade, Bruno Carette. Celui ci ayant succombé quelques mois plus tôt à une maladie foudroyante.

Attristé de les voir alors aussi discrets, le grand Manitou de Canal de l’époque, le légendaire Alain De Greef, leur propose carte blanche et d’accoucher de l’émission de leurs rêves. Il n’en faut pas plus à Alain Chabat, Chantal Lauby et Dominique Farrugia pour proposer une grande émission hebdomadaire de sketchs en direct, le samedi soir en seconde partie de soirée. Le parallèle est évident : Les Nuls veulent faire leur Saturday Night Live. La troupe ne s’est jamais cachée de leur admiration pour le show, ainsi que les films des Z.A.Z. (Zucker, Abrahams and Zucker, les papas des Naked Gun, entre autres) et autres grands noms de la comédie US (arborant très souvent des casquettes ou des sweats à l’effigie du SNL ou de l’émission de David Letterman). L’offre de De Greef était donc l’occasion rêvée de proposer leur propre version.

Prenant place au Studio Gabriel, tenu par le padré de la télévision française, Michel Drucker, l’émission s’installe dans un décor encore en travaux (principal gag du décor, les différents endroits étant marqués par de gros panneaux « Le Rideau », « Le Groupe », « Le Public », etc.) et accueille pendant un peu moins de 2 ans tout le gratin du cinéma et de la chanson française venant jouer les hosts d’un soir. Évidemment, tout est quasi similaire à son homologue américain : des sketchs en direct, un invité musical, des séquences enregistrées pour préparer les sketchs suivants, et même le Weekend Update est présent sous l’appellation « L’Édition ». Un segment (« La Redif ») est même dédié à des anciens sketchs où apparaissait Bruno Carette. Seule mini différence: la troupe régulière se résume aux trois membres des Nuls, du coup obligés d’apparaître dans l’intégralité des sketchs.

Si Les Nuls L’Émission a marqué les esprits, soyons pourtant honnêtes, ça n’est pas grâce à ses sketchs en direct. Si on peut tous citer facilement de tête une de leurs fausses pubs, il est plus difficile de citer des sketchs en direct, à l’exception notable de « L’école du fan » avec Valérie Lemercier ou du Roman Photo avec Gérard Darmon.

Il est même étonnant de voir qu’aucune édition vidéo d’un best of de l’émission n’a été proposé par Canal. Les sketchs de l’émission sont même assez peu nombreux sur les deux volumes de L’Intégrule sortie il y a quelques années (alors qu’elles présentent pourtant l’intégrale de TVN 595 et de Histoire(s) de la Télévision, bien moins connus). La seule VHS qui lui fut consacrée à l’époque était uniquement dédiée aux fausses pubs. De leur propre aveu, les 3 larrons avaient sous-estimé le travail colossal d’une telle entreprise. Alors que le SNL s’accorde des pauses pour pouvoir mieux reprendre, les Nuls, eux, avaient entrepris d’être présents toutes les semaines. Résultat, outre des sketchs live à la qualité très variable, sans jamais être véritablement mémorables, les Nuls abdiqueront en plein milieu de la seconde saison, écrasés par la fatigue. Une émission qui aura marqué son temps, dont on retiendra de bons moments, et qui fut une noble tentative, mais qu’on ne retiendra finalement pas pour les principaux attraits d’un tel format.

 

CE SOIR AVEC LES NOUVEAUX


Canal + – 1992

Vous vous souvenez des Nouveaux ? Non ? Ce n’est pas grave, car vous êtes probablement loin d’être les seuls ! Prenant la relève au pied levé, dans l’espace vacant laissé par les Nuls, Canal a souhaité miser sur une toute nouvelle troupe constituée d’inconnus du grand public, et dont le nom annonçait bien la couleur. La bande comptait dans ses rangs les noms d’Alexandre Pesle et de Christian Borde (a.k.a Jules Édouard Moustic de Groland), déjà auteurs sur Les Nuls L’Émission, mais aussi Serge Hazanavicius, frère du réalisateur oscarisé des OSS 117 et de The Artist. Le résultat ? Personne ne s’en souvient.

Adaptée de l’émission canadienne « The Kids In The Hall », l’émission semblait également se rapprocher du SNL, à base de sketchs en direct ou enregistrés, et de parties musicales. Difficile, voire quasi impossible de trouver quelconque trace de sketchs sur le net. Tout juste trouve-t-on des parties musicales assurées par « LOL et le groupe » (déjà présent chez Les Nuls et par la suite dans Nulle Part Ailleurs), laissant entendre qu’il n’y avait pas véritablement d’invités musicaux.

L’émission ne connaîtra qu’une seule saison. À noter toutefois que c’est dans cette émission que naîtra le désormais célèbre Groland, par l’intermédiaire de la séquence « Les Nouvelles », ancêtre de « C.A.N.A.L. International », repris par la suite dans Nulle Part Ailleurs. En dehors de ça, rien de mémorable à signaler.

 

Rendez-vous demain pour la suite, avec notamment deux émissions plutôt réussies qui ont vu le jour en 1997…

 

– Guillaume Brindon (@MVCDLM)