Récap’ SNL S42E06 – Dave Chappelle / A Tribe Called Quest

9.5

On l’imaginait remonter sur scène, plus de 10 ans après l’arrêt de Chappelle’s Show, vanner Hillary Clinton qui a failli perdre contre ce clown de Donald Trump. On l’imaginait descendre le candidat républicain, qui retrouvera une place bien au chaud sur les antennes de Fox News. On l’imaginait à la tête d’un show spécial, accompagné du groupe A Tribe Called Quest, pour nous montrer que les États-Unis en ont encore dans le ventre.

Sauf qu’entre temps, Donald Trump a été élu 45e président des États-Unis. Dans un show post-élection, difficile de l’ignorer. Et après certaines hésitations, Dave Chappelle a fait ce qu’il sait faire de mieux : prendre un micro et nous faire rire. Car ce sixième épisode, de cette très bonne 42e saison, était un show à la Chappelle. Avec tout ce que ça comporte d’humour noir (au propre comme au figuré), de remarques incisives et d’honnêteté.

Mais est-il simple de faire rire quand l’actualité ne s’y prête pas ? Et surtout, est-il normal de faire rire dans une émission qui a sa part de responsabilité dans l’élection du troll qu’est Donald Trump ? Voyons ça, sketch par sketch.

Election Week Cold Open

SNL a eu sa dose de Donald Trump. Que ce soit celui de Taran Killam. Celui de Darrell Hammond. Celui d’Alec Baldwin. Ou pire, le vrai, qui avait gesticulé dans le studio 8H il y a pile un an, en pleine campagne présidentielle. Entre le ras-le-bol général et un Lorne Michaels qui peut (et doit) s’en mordre les doigts, le choix du premier cold open post-élection était attendu au tournant.

Et n’y allons pas par quatre chemins, le résultat a dépassé toutes nos attentes. Kate McKinnon, grimée (pour la dernière fois ?) en Hillary Clinton, qui reprend seule au piano l’Hallelujah de Leonard Cohen décédé quelques jours plus tôt.

Combien d’idées ont été jetées à la poubelle avant d’en arriver à ce résultat parfait ? Et qu’auraient-ils mis à l’antenne si Leonard Cohen n’était pas mort ? C’est le genre d’histoires et anecdotes qu’on découvrira dans quelques années. D’ici là, on est face à un cold open d’une beauté et d’une intelligence rare.

Le show dit au revoir à un personnage, une candidate, une femme et un artiste à la fois. Le tout interprété très sobrement par un personnage, une artiste et une femme, qui plus est gay, dans ce qui sera pour les quatre prochaines années l’Amérique de Donald Trump et Mike Pence. Avec tout ce que ça comporte comme craintes et comme discriminations.

Après trois minutes, Kate McKinnon se retourne vers la camera pour dire sa seule réplique : « I’m not giving up, and neither should you ». Une réplique là aussi murement réfléchie, qui s’applique aussi bien à Clinton, qu’à McKinnon, qu’aux femmes et enfin à tous les Américains.

Un cold open à classer aux côtés du cold open post-11 septembre.

Monologue

“It’s been a long time”

Il se disait un peu rouillé. Qu’il fallait lui laisser le temps. Mais pendant 12 minutes, Dave Chappelle nous a rappelé pourquoi il reste un des grands du stand-up. Loin d’une routine « classique », le monologue de Chappelle était plus un message d’amour à la comédie et à son pays qu’un bit comme ont pu le faire Louis CK et Amy Schumer auparavant.

C’était évidemment très politisé (comment faire autrement), mais ça n’en restait pas moins très drôle. Chappelle passe d’un sujet à l’autre comme on regarde un grand joueur de foot s’avancer vers le goal en dribblant chaque adversaire qui se met sur son chemin avec une aisance déconcertante.

Il y est question de Trump. De Clinton. Des noirs. Des blancs. D’OJ Simpson. Du mouvement Black Lives Matter. D’argent. De stéréotypes. D’esclavage. Et même d’Harambe. (Pour ceux qui ont un peu de mal avec l’anglais, la retranscription du monologue est à lire sur The Comic’s Comic). C’était beau. C’était drôle. C’était touchant. C’était vulgaire. N’en déplaise à Lorne Michaels.

Dave Chappelle est un entertainer qui s’est fait trop rare. Son retour, dans cette actualité morose, est un beau doigt d’honneur.

Election Night

Quand il s’agit de jouer la comédie, Chappelle était en effet un peu rouillé. Mais peu importe, dans ce sketch où une bande de blancs bobos démocrates attendant la victoire d’Hillary Clinton, Chappelle et Chris Rock (parce que oui, Chris Rock était également de la partie) enchainent les réactions, entre hilarité et consternation.

On peut reprocher au sketch une certaine facilité après coup. Surtout, encore une fois, après la venue de Trump himself. Mais si le SNL décide de se remettre en cause (ou du moins, entamer le processus), ça risque de piquer pour certains téléspectateurs. Car la cible visée (et la cible principale du show de manière générale) est bien ces Américains qui vivent sur les côtes, en oubliant qu’il y a un pays au milieu. Mais pas d’inquiétude, comme le dit si bien Chris Rock : « It’s gonna be all white » !

Walking Dead Chappelle’s Show

Premier sketch enregistré de la soirée, mais annoncé sur scène par Dave Chappelle, comme il le faisait lors de son Chappelle’s show. Un sketch qui ne parlera pas à tout le monde, puisqu’il mélange The Walking Dead et les personnages cultes du Chappelle’s Show (dont mon préféré, Bigsby). Si on fait un diagramme de Venn, il ne doit pas y avoir des masses de gens à l’intersection. Mais un retour de Chappelle méritait bien son petit moment de fan service pur. (Et c’est également mon moment perso où je répète que Osmany Rodriguez est vraiment talentueux).

Weekend Update

“America is like Leslie Jones. Addicted to white guys”

Oui, c’est tout ce que j’ai retenu de ce Weekend Update pas drôle, mal foutu, sans rythme, avec des comédiens peu inspirés, qui se foutent royalement d’être là, qui se trompent dans leurs vannes, qui oublient d’être incisifs, qui oublient de trouver une chute à leurs vannes, qui font de ce segment le pire de l’émission, qui continuent de dire que Clinton « bah, hey, c’est un peu du caca comme Trump loooool ».

Terminé le faux JT avec des vannes bien senties. Il est loin le Weekend Update de Norm McDonald. Les “Really !?! with Seth and Amy”. Comme si 2016 n’était pas assez pourri, on doit se coltiner ce faux JT préparé par des étudiants pour la chaine de télé du lycée.

Colin Jost. Michael Che. Et tous les auteurs derrière ce truc. Allez vous faire foutre.

Jheri’s Place

J’avoue, après ce Weekend Update raté (un de plus), j’étais un peu tendu. Alors quand commence le sketch « Jheri’s Place », avec une prémisse nulle et Leslie Jones qui se plante comme à ses débuts (dans son sketch avec Chris Rock), y’avait de quoi partir en live tweet de rageux façon Donald Trump.

Sauf que non. Parce qu’il s’agit d’une très chouette saison, que les auteurs se bougent un peu plus qu’avant, et que les headwriters font très bien leur boulot. Du coup, ce sketch volontairement raté se transforme en sketch totalement méta, où des journalistes posent des questions lors d’une conférence de presse où il est question de débriefer ce fiasco.

Pour les fans de SNL, voire même certains détracteurs, c’est plutôt malin. Tout y passe : les petits nouveaux dont tout le monde se fout, la longue présence de Kenan Thompson, la « thin premise » et même une référence à David S. Pumpkins.

“Live from New York, you can kiss my ass”

Kids Talk Trump

Une petite vidéo toute mignonne où des enfants parlent de Trump. Totalement bouche-trou, totalement déprimant. “Our children are watching ”

Last Call with Dave Chappelle

C’est déjà le 6e passage de Sheila Sovage, cette alcoolique qui aime enfoncer sa langue dans la bouche d’autres piliers de comptoirs. Quatre ans après Louis CK, c’est donc Dave Chappelle qui s’y colle.

Aucune surprise sur la structure, Sovage a des problèmes de santé, Kenan Thompson en barman est dégouté, et ça se roule des pelles de façon totalement dégueulasse (au point où Dave Chappelle préfère se reculer un peu).

On notera quelques bonnes vannes, comme Sheila qui déclare qu’elle n’a plus rien à perdre si ce n’est un autre pied, ou encore les crapauds qui tombent du ciel. Et en touche finale, un baiser façon Bellagio, avec une fontaine de bière qui a bien faire marrer Thompson.

Love and Leslie

Je voulais plus de Kyle Mooney et je n’ai pas été déçu, même si ce sketch préenregistré tourne principalement autour de Leslie Jones (qui joue donc son propre rôle pour la quatrième fois cette saison…). On y retrouve tout l’humour légèrement étrange de Mooney, avec quelques plans très drôles comme la page de NBC qui reste bloquée entre Mooney et Jones ou l’intervention de Lorne Michaels.

Football Party

Pour son 10 to 1, SNL a opté comme d’habitude pour un sketch absurde, ce qui contrastait parfaitement avec le ton plus « sérieux » du reste de la soirée. Au programme : un homme de 43 ans qui continue de se nourrir au sein de sa mère. “Straight to the source”.

C’est très con, mais tellement léger que ça fait du bien. Puis ça sert également du rappel hebdomadaire « Sasheer Zamata est toujours vivante ». Et y’a Pete Davidson qui se cache derrière un cookie quand il rigole. Que demande le peuple ?

Voilà donc pour cet épisode post-élection. Un épisode qu’il « fallait » faire et qui ne s’en sort pas trop mal. Même si on aurait préféré revoir Dave Chappelle dans d’autres circonstances.

Pour la suite, j’espère que les auteurs se mettront d’accord sur leur position vis-à-vis de Donald Trump. Il sera très difficile de se contenter d’un simple « faute avouée à moitié pardonnée ». Trump est venu sur cette scène. Et jusqu’à ce samedi, il était encore en partie défendu par certaines vannes du Weekend Update.

Face à Samantha Bee ou John Oliver (ou Seth Meyers sur le même network), SNL fait pâle figure et les auteurs vont devoir se trouver une grosse paire de couilles s’ils veulent survivre et rester pertinents pendant les quatre années à venir.

Il faudra aussi régler le problème de l’acteur qui l’incarnera. Engager Alec Baldwin me semble compliqué. Darrell Hammond devrait se concentrer sur son imitation de Don Pardo qui est de plus en plus mauvaise. Et personne dans le casting ne semble faire l’affaire. On en revient à mes plaintes de l’année dernière, quand Hammond jouait Trump et Larry David faisait Bernie Sanders. Le SNL devrait se contenter de son cast et engager des acteurs polyvalents. Alec Baldwin était bon, certes, mais voilà ce qui arrive quand on fait confiance à des guests. Trump est président. Et SNL n’a pas d’acteur pour s’en moquer.

S42E06 - Dave Chappelle / A Tribe Called Quest
Dave fucking Chappelle
Joli combo avec A Tribe Called Quest
Un sublime cold open qui a fait le tour du monde
Des sketches qui sortent du moule (Inside SNL)
L’absence, pour une fois, de Trump
Sauf qu’ils vont avoir besoin d’un Trump…
Un Weekend Update totalement à côté de la plaque et qui se réveille bien trop tard
J’espère que Leslie Jones n’incarnera plus Leslie Jones. On a compris que c’était une grande femme noire à grande gueule qui cherche l’amour.
9.5