Review – Iliza : Confirmed Kills

Après War Paint en 2013 et Freezing Hot en 2015, celle qu’il faut désormais appeler Iliza (et non plus Iliza Shlesinger) est de retour sur Netflix avec Confirmed Kills, son troisième spectacle en 3 ans.

Au programme de ce special réalisé par Bobcat Goldthwait (parce que la mode est aux réalisateurs connus, apparemment), de l’humour qui tache. Ou plutôt de l’humour qui tache, pour les femmes. Car Iliza est en quelque sorte une Ladies Night à elle toute seule. Terminé les soirées entre filles, avec une coupe de « bulles » devant Bridget Jones 5 : Bridget’s Revenge pendant que les hommes gardent les gosses. Iliza dépoussière le concept et invente en quelque sorte la ladies night de l’humour. Et pour que la soirée se déroule sans accroc, rien ne doit dépasser. C’est drôle, mais pas trop. Vulgaire, mais pas trop. Mais surtout, c’est « oh la la tellement vrai, nan, mais sans déconner c’est TROP. MOI. »

Dans son excellente interview accordée à Vulture, Norm MacDonald disait que selon lui, l’essence de la comédie ce n’est pas la physicalité mais plutôt les bruits. Pas de soucis avec Iliza, puisqu’elle combine les deux pour le même prix. Elle bouge beaucoup, imite un dinosaure, écarte souvent les jambes. Et elle saupoudre le tout de cris. Beaucoup de cris. Ça hurle, ça grimace, bref, ça agace. Mais ça plait énormément au public, qui se lance dans des applaudissements et des « whoo » sans fin, à la manière des whoo girls de How I Met Your Mother.

https://www.youtube.com/watch?v=6s\_\_B1DKfp4

À la voir gesticuler, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour ces monteurs qui mettent en boite les bandes-annonces de ces spectacles. Avec Confirmed Kills, Iliza a grandement prémâché le boulot puisqu’il suffit simplement de prendre un cri par ci, un geste ridicule par là, une punchline moisie et la bande-annonce est terminée (la preuve en haut de cet article).

Mais revenons au spectacle et ses nombreux problèmes. Au fond la comédienne veut bien faire. Aucune raison d’en douter. Mais son discours pseudo-féministe laisse souvent à désirer. Non, tous les hommes ne sont pas des connards. Non, toutes les « blacks » ne sont pas sassy et fearless (et ce n’est pas Issa Rae qui me contredira). Non, un harcèlement sexuel par un beau mec n’est pas moins pire qu’un harcèlement par un mec dégueulasse. Non, du porno féministe ce n’est pas simplement une actrice qui reçoit des cunnilingus à la chaine. Et non, une féministe ne décide pas qu’une partie de la population féminine ne vaut pas la peine, parce qu’elle « fait du CrossFit », « poste beaucoup sur Instagram », ou veut « devenir une sirène » (un passage qui est vendu comme le clou du spectacle, mais semble monté de toute pièce pour être diffusé lors d’une invitation dans un late show).

Appelez ça du sexisme, du mainsplaining ou je ne sais quel terme à la con. Au final, on se retrouve avec une humoriste qui raconte souvent n’importe quoi pour en tirer des blagues faciles. Femme ou pas. Féministe ou pas. Quand c’est mauvais, c’est mauvais. Ce qui m’a fait penser à cet excellent passage dans les Simpsons.

https://www.youtube.com/watch?v=rihu8\_nbhw8

Ajoutez à cela sa manie d’inscrire des hastags tels que #MakeItPointy, #SometimesToFeelAHumanEmotionILikeToDrinkMyOwnHair ou #FuckBitchesGetMoney à l’écran (pour « traquer ses fans » comme elle aime l’expliquer). Sa façon de concevoir des bits comme une routine d’un vieux stand upper black des années 80 (son #PartyGoblin est particulièrement insupportable). Son incapacité à laisser respirer son texte (et son public, par la même occasion). Et sa cockiness, du style « You may not like it but I’m not wrong ». Et vous obtenez un spectacle d’une lourdeur incroyable, qu’on aurait envie d’aimer, mais dont le matos est gâché par une artiste beaucoup trop hautaine, beaucoup trop bruyante et beaucoup trop « présente » (va savoir si la fin de cette phrase est compréhensible…)

Si je dois sauver une chose, c’est le dernier passage. Où elle explique avoir envie d’assister à un épisode de Shark Tank en live (un show de télé-réalité où des candidats viennent pitcher leur idée à des businessmen). C’est souvent drôle, c’est très bien joué et ça pourrait donner un excellent sketch filmé. Mais ça se termine dans un brouhaha pas possible, dans le seul et unique but de pouvoir dropper le mic, être éclairée par l’arrière de la scène et finir à bout de souffle, comme si elle venait d’accomplir un miracle. Alors qu’en fait, elle se fatigue pour rien. Et pire, elle nous fatigue.

Alors oui, elle a un talk-show en préparation, un livre qui sort l’année prochaine et ses tournées cartonnent. Mais si vous êtes abonnés à Netflix, il y a franchement mieux à se mettre sous la dent.

Elle a une sacrée présence scénique
Son bit sur Shark Tank est pas mal
Et oui, finissons-en avec le concept de Walk of Shame
Beaucoup de cris
Beaucoup de grimaces
Beaucoup de concepts très limite
Beaucoup de facilités
Pas assez de pauses
Pas assez de matos solide, surtout pour un troisième spectacle
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